L'enfant qui jouait dans l'impasse

"J'ai encore mouillé mon lit,
Mais, ce n'est pas ma faute, tu sais,
L'eau dormeuse me berce,
S'immisce et me renverse,
Entre les tissus opale de la nuit,
L'or, l'or scintillant de tes boucles d'étoiles,
Tape le grenat de ma bouche,
Si tu me prends dans tes bras...
Là dehors, il y a l'impasse
Il y a la flaque de lune si souvent enjambée
dans mes jeux de bateaux et de guerre,
entre boues et poussières,
dans l'impasse…
il y a la petite goutte qui creuse et amuse
chaque jour le ruban déchiré de l'asphalte,
juste sous l'étain de la source
il y a la ruelle, il y a... "


-"Allons bon, que marmonnes-tu? Cesse donc tes imbécilités d'enfant. Sois grand, lave-toi, tu es en retard, prend ton cartable et file, que je passe la toile.
- Mais maman, moi j'ai peur, moi, lorsque la nuit tombe et menace, menace de faire déborder la mer, dans son déshabillé lumineux. Que deviendront mes petits navires, ma charmante guerre, mon monde à moi, si l'eau nous envahit, jamais je ne pourrais toute l'avaler. Elle est tant âcre, tant remuante; moi dans le tumulte, je suis bien trop petit pour pouvoir y nager. Chaque soir le robinet de l'impasse de son rire de fille, veut me noyer et m'assomme comme sous un laminoir. J'ai peur, ferme le robinet maman, ferme le, il faut tout éteindre, tout couper, que rien ne dépasse jamais.


Lorsque l'obscurité descend, Maman sort, une masse à la main, et d'un coup sec, elle fait jouer le fermoir du robinet de l'impasse. Il se déforme, l'eau gèle et tout casse.


En vain, au coin de l'impasse, l'enfant distrait l'ennui, Ses genoux sont écorchés de salissures.
Adieu les dents qui claquent sous le long filet de l'hiver. Adieu la soif hoquetante giclant dans les narines frémissantes.
Loin des gerçures, de la sueur, il regarde l'heure, sa bouche devenue cercueil de ses mots; ses rêves, îles sèches.

Perpignan, Impasse Coupet, 1992