Cuba: Cafards et Crevettes
Cafards et Crevettes

Retour sur l'Ile du Roi Lézard...
Ma maison inhabitée depuis un mois a été rapidement investie par des cafards grands comme le pouce, qui font un bruit de marécage quand on les écrase et que leurs trippes giclent au dehors... J'ai même vu une pondeuse promenant son sac à oeuf sur le sol de ma cuisine, celle-là je l'ai eu à la tapette à mouche, j'ai du passer le quadrillage sous le filet d'eau, pour diluer le sang noir...
Le jardin, longtemps raisonné par la main de l'homme, a retrouvé sa luxuriance d'herbes folles. Deux énormes calebasses à chair oronge, presqu'écoeurante, y ont poussé. Palmiers royaux, manguiers testiculaires, goyaviers décentrent leur existence, la "mata-de-fongo" pénétre l'azur de l'atmosphère de ses feuilles roulées en forme de phallus, écho du régiment de fruits bandants. Ca baise à donf dans mon jardin.
Et ce vert, tout ce vert, du tendre au vernissé, fut le panorama de mes courtes scéances en plein air chez le coiffeur à deux pesos convertibles. Pendant qu'il s'évertuait à masquer ma calvitie naissante, je me disais, j'ai de la chance, je pourrais être en train de me voir dans un miroir en ce moment, mais ce que je contemple c'est le lent amour que mon jardin a pour lui-même.
* *
Avec la maladie du vieux, l'armée est en alerte, ça occupe...
Les pêcheurs n'ont plus de droit de prendre la mer, en représaille, c'est opération "moule morte" chez les vendeuses de poissons, mon marchand clandestin de crustacés n'a plus de "mercancia". Il risque la prison à m'apporter des "tu-sais-quoi"...
Alors je me contente de tuer le cafard, en fumant mes derniers havanes.




Pas perdus dans la neige électrique