Je lance dans le ciel,
tel des faucons,
les jours et les heures de ma vie
afin qu'ils traversent le temps et me rapportent
les êtres que j'ai connus,
les joies que j'ai vécues,
les peines que j'ai endurées,
les péchés que j'ai commis et mes bonnes actions.
Je vais les étaler devant moi et reconstituer grâce à eux
[ma vie] entière
que je saisirai de mes deux mains et
où je plongerai mon regard
comme dans un miroir pour y retrouver
mon visage d'antan et celui d'autres que j'ai aimés
ou haïs.
Car nombreux sont ceux que j'ai rencontrés sur mon chemin...

Leo PERUTZ, La Troisième Balle, 1915